Marseillais de souche et figure aussi vraie et pittoresque que celles qui figurent dans les films de Pagnol, Auguste Vimar commença fort tôt à dessiner, peindre, sculpter et illustrer. Il collabora alors que Théophile Gauthier en était direc-teur, au Figaro Illustré, à Mon Journal, à la revue Mame et à bien d'autres journaux. Inévitable-ment, il se fit l'illustrateur de textes aussi célèbres que les Fables de La Fontaine ou l'Arche de Noé, et c'est en collaboration avec son ami Paul Guigou qu'il fit les albums pour le moins humoristiques de « La poule à poils », « Le boy de Marius Bouillabés », « Des vertus et des grâces des bêtes », « L'illustre dompteur ». Il fit d'autres livres, en collaboration avec Léo Clarétie ou Henri Signoret, comme « Le carnaval des animaux » ou « Les maris de Mlle Nounouche ». Mais avant tout, ce fut son œuvre de peintre qui le rendit célèbre auprès de ses contem-porains. Malicieux, préféra décrire les vicissitudes de la vie, en mettant en scène ses animaux favoris, du singe aux chiens les plus racés ou les plus cabots. Maître d'une technique parfaite pour son époque, à la fois en pâte et en précision, ses animaux prennent vie en étant parfaitement expressifs, sans être une seule fois vulgaires, ce qui peut malheureusement arriver assez vite dans ce genre. « Ce que l'on aime, dans l'art d'Auguste Vimar, à côté d'un talent très réel de peintre, de statuaire et de dessinateur, c'est une bonhommie douce, un humour fin et narquois, une tendresse et une compréhension pour les hommes et pour les animaux vraiment admira-bles. Les animaux surtout ont trouvé en ce peintre un confident curieux de leurs mœurs et de leurs pensées, un observateur de leurs jeux et de leurs coutumes, un attentif ami et souvent un poète. Nul n'a su, avec plus de réalité, avec un accent de vérité plus grand, exprimer le caractère et l'esprit des bêtes, refléter mieux dans son œuvre leur physionomie » (J. Uzanne).
Auguste Vimar n'était pas un visiteur acharné des zoos et du Jardin des Plantes et il préférait prendre ses modèles parmi ses pensionnaires, et c'est certainement de cette observation quotidienne et directe que vient la vivacité de ses toiles. Le peintre Paul Guigou disait de son ami Vimar : " Je voudrais que nos Holbein et nos van Dyck mettent dans les visages humains qu'ils peignent autant d'âme et de pensée qu'en met
M. Vimar dans ses figures de singes, de chiens et de chats. Si cet artiste est si grand animalier, c'est qu'il chérit les bêtes, les bonnes et douces bêtes. Il les regarde de cet œil à la fois aigu et plein de bonhomme dont les considérait le fabuliste, 1 les observe avec une vigilance jamais lasse. Auguste Vimar est le Jean de La Fontaine du crayon." Lorsqu'il ne peint pas d'animaux, lorsqu'il n'illustre pas quelque article d'animaux avec ses amis les bêtes, Auguste Vimar sculpte des animaux et il fond en bronze chez Barde-dienne, un philosophe qui n'est autre qu'un âne, ou le même animal en train de braire, ou un éléphant d'Asie, un singe, un ours brun et certes, si ces animaux ne sont pas réalisés en grandeur nature, ils ne sont pas réduits non plus. Durant ces années-là, pas une fois il ne manque d'exposer ses œuvres au Salon des Artistes Français, et de ville en ville, il promène sa ménagerie peinte. Une fois en tout cas dans l'imagination, il quitte Marseille pour le pôle et, le temps de deux panneaux décoratifs, il se retrouve à vivre au milieu des ours et des phoques du pôle arctique et des pingouins de l'antarctique.
Ses œuvres furent souvent distinguées lors des expositions et il reçut grâce à elles, quelques récompenses, mais comme bien peu de ses camarades peintres, il fut fait officier de l'ordre du Nicham Iftikar, distinction de l'empire ottoman.
Musées : Marseille, Béziers, Digne.
Les Animaliers, Cécile Ritzenthaler
