Edouard-Marcel Sandoz est le fils aîné d'Edouard-Constant Sandoz, fondateur de la firme Sandoz et d'Olympe David, nièce du peintre Emile-François David et elle-même peintre de talent. Son enfance est partagée entre le monde industriel et technique de la ville et la vie traditionnelle de la montagne alpestre avec ses fleurs, ses animaux, son artisanat. De cette dualité d'appartenance naît un tempérament artistique exceptionnel, illustré par le regard magique avec lequel Edouard-Marcel Sandoz s'empare du monde, ajoutant à tout son environnement une dimension insolite.
Après des études classiques à Bâle, puis à Lausanne, il s'inscrit, en 1901, à l'Ecole des Arts Industriels de Genève. Dans cet établissement, il reçoit un enseignement très complet, à la fois théorique et pratique, et travaillant sans relâche, il s'initie à toutes les formes de l'art : céramique, modelage, taille du marbre, peinture, ciselure, forge... A la fin de ce cycle d'études, il quitte son pays natal pour venir à Paris terminer sa formation. Dans la capitale, il fréquente l'Ecole des Beaux-Arts où il suit les cours de Cormon pour la peinture et ceux d'Antonin Mercié pour la sculpture. Parallèlement, il reçoit des directives de la part d'Antoine Injalbert et, sur les conseils de son ami le sculpteur portugais Joao da Silva, il s'oriente plus intensément vers la sculpture. En 1906, il fait ses débuts au Salon de la Nationale où il envoie un tableau (Poulet déplumé) et un marbre représentant une fillette. Ces deux œuvres sont sélectionnées parmi plus de huit mille autres, ce qui lui fournit un réel motif d'encouragement.
Après deux années passées à voyager dans la péninsule italienne et en Sicile, il revient à Paris, se remet à l'ouvrage, et en 1910 il présente au Salon plusieurs œuvres parmi lesquelles on trouve huit animaux taillés dans le marbre et des modèles à sujet humain.
La critique, par ses éloges, vient conforter les premières appréciations de 1906. On remarque en particulier que le jeune Sandoz a acquis la maîtrise des formes animées. Son art s'exprime dans le respect de l'enseignement dispensé par ses maîtres Mercié et Injalbert auxquels il restera fidèle toute sa vie. Mais, au-delà de ces connaissances officielles rigoureuses, son individualisme le conduit à forger sa propre vérité et à refuser de se laisser pénétrer par des idées intellectuelles contemporaines sans les avoir préalablement assimilées à sa façon. A cette époque, il sculpte dans le marbre des portraits en buste et aussi quelques animaux. Ses représentations, d'un réalisme certain, se caractérisent par une stylisation plus ou moins imposée par la matière employée.
Négligeant volontairement les détails superflus et simplifiant la structure de ses modèles, il affirme une expression artistique puissante et novatrice. Après la première guerre mondiale, il oriente essentiellement sa sculpture vers les sujets animaliers sans toutefois jamais delaisser les figurations humaines. Son intelligence et son sens aigu de l'observation lui permettent alors de tirer partie de la révolution cubiste pour faire aboutir ses propres recherches. Il crée, pendant la période d'entre deux guerres, un fabuleux bestiaire, d'un style imaginatif qui ne laisse place à aucun détail inutile pour atteindre une simplification tempérée de réalisme. Passionné par les pierres de couleurs, il les anime sous son regard merveilleux et il n'a de cesse de faire jaillir de leurs entrailles l'animal qu'elles cachent et que lui seul a su deviner. Toutes doivent lui livrer leur secret, même les variétés les plus difficiles à tailler, car trop dures ou trop friables.
Ainsi il s'emploie à réhabiliter des pierres habituellement dédaignées (marbres brèche, campan vert, griotte, cipolin,...) et pour arriver à les travailler, il invente ou adapte des procédés, mettant au point avec les professionnels toutes sortes de meules. Artiste exceptionnel, il se laisse guider par la forme, la couleur, la structure de la pierre dont il sait utiliser aussi bien les défauts que les qualités.
Constamment, il ruse avec la matière, choisissant sa technique en fonction de la variété qu'il s'apprête à sculpter, et parvient à faire jaillir des œuvres d'une remarquable richesse de couleurs et de formes. Lorsqu'il décide de transposer ses représentations animalières de la matière minérale - qui constitue jusqu'alors son mode d'expression privilégié - vers le bronze, il s'efforce de conserver à ses sculptures l'éclat des couleurs naturelles. Pour y parvenir, il compose lui-même la formule du bronze, changeant en particulier la quantité de cuivre et déposant sur ses cires, avant la coulée du métal, des petites pellicules de fer, de cuivre, d'or ou d'argent (ou encore quelques gouttes de mercure), qui donnent après la fusion d'étonnants reflets à l'oeuvre.
Par alleurs, il modifie le modelé de ses sujets pour mieux accrocher la lumière et augmenter ainsi certaines surfaces, retrouvant par cet artifice la présence et la force obtenues naturellement à partir de la pierre. La critique, appréciant les trouvailles habiles et spirituelles de l'artiste, le qualifie de "Sandoz l'Ingénieux". Progressivement, son style très personnel s'affirme. Il stylise les masses et interprète les formes dans un sens plus synthétique qu'analytique. La morphologie de l'animal devient le point de départ (et non plus la finalité) de ses travaux. Comme Pompon, il simplifie ses modèles, les réduisant à l'essentiel pour parvenir à une expression artistique épurée qui tend vers l'universel. Dans ses représentations, il met beaucoup de verve et de fantaisie et ses animaux aux attitudes saisissantes de vérité sont toujours très expressifs et pleins d'imprévus poétiques. Son humour apparait par exemple dans Le bal des grenouilles, ensemble de statuettes qui nous montre plusieurs couples de grenouilles dansant tendrement enlacées, accompagnées par deux de leurs semblables à l'accordéon et au tuba.
En règle générale, ses animaux ne sont pas figurés en mouvement mais dans une pause naturelle et familière : Grand cacatoès, Les guépards Konka et lhi assis, Faisan, Requin, Canard se lissant l'aile, Canard mandarin tête retournée, Orang-outan, Fennecs, Cabri, Coq, Faucon sur le gant... Avec un égal bonheur, il s'intéresse tant aux animaux domestiques qu'à la faune sauvage. Il les étudie avec beaucoup d'amour, de patience et de curiosité, soit dans la nature et les parcs zoologiques (de Paris et de Bâle surtout), soit dans son Atelier où il élève nombre d'entre eux qui tous deviennent ses amis. Une invitation à visiter le musée océanographique de la Principauté de Monaco reçue du Prince Albert ier, lui fournit l'occasion de réaliser une série de poissons fantastiques : Poisson chinois, Poisson japonais, Poisson de la Mer Rouge, Poisson exotique dressé...
Devenu dans l'entre-deux guerres un grand maître animalier, Edouard-Marcel Sandoz n'abandonne pas pour autant la figuration hu-maine. Après la Libération, il réalise des œuvres architectoniques (monuments, fontaines), toutes conçues et exécutées sur le même mode. Il s'agit de compositions associant des hauts-reliefs sur fond plat à des bas-reliefs, juxtaposition qui leur confère vie et mouvement.
Certaines d'entre elles sont prétexte à des représentations animalières comme par exemple : La fontaine aux singes du Denantou à Lausanne, La fontaine aux marmottes de Zermatt, La fontaine aux ânes à Ouchy. Sans cesser d'exposer au Salon de la Nationale, Edouard-Marcel Sandoz, en tant que membre du Groupe des Animaliers, participe à de nombreuses manifestations collectives à la Galerie Edgar Brandt à Paris. Par la suite, il reprend cette Galerie et la met, pendant la guerre, à la disposition de la ville de Paris pour y organiser des expositions au profit des artistes nécessiteux et de leur famille. Tout au long de sa carrière, Sandoz fait couler ses œuvres en bronze, mais il travaille aussi avec la Manufacture de Sèvres à laquelle il confie plusieurs modèles :
Chat n°1, Chat n°2, Crapaud, Lapin, Perruches, Poisson, Poisson-volant (vide poche), Singe.
Président du Groupe des Artistes Français, il a exposé des œuvres à leur Salon, à la fin de sa vie. Artiste de talent, il a consacré toute son existence à son art. Sa sincérité et son amour de la vie ont marqué tous ceux qui l'ont côtoyé et transparaissent à chaque instant dans son œuvre, ainsi que l'a si joliment écrit sa petite-fille Monique de Meuron-Landolt: "Des sentiers siciliens aux poissons de la Mer Rouge, des passants multicolores et comiques croqués de son perchoir de Montparnasse aux danseurs et bacchantes de trois fêtes des Vignerons, de ladolescence au grand âge, de la pleine santé à la misère physique, Edouard-Marcel Sandoz est passionné par le monde dans lequel il est entré le 21 mars 1881".
