Petit-neveu du sculpteur François Jouffroy (1806-1882), Édouard Navellier travaille, comme ses sept frères et sœurs, dans l'atelier de gravure de son père. Pendant le siège de Paris, une blessure à la jambe le rend infirme. Dès lors, sa seule joie est de se faire conduire auprès des animaux au Jardin des plantes. Après une opération, le voilà à nouveau mobile et il apprend la peinture auprès d'Auguste Truphème (1836-1898), Jean-Paul Laurens (1830-1921) et Benjamın Constant (1845-1902), puis s'oriente vers la sculpture.
Autodidacte dans ce domaine, il se forme en suivant les cours d'anatomie de Mathias Duval (1844-1907) à la faculté de médecine, et de zoologie d'Alphonse I Milne-Edwards (1835-1900) au Muséum. Le succès de son Vieux cerf aux écoutes au Salon de 1895 (bronze, musée d'Orsay) le fait abandonner l'atelier paternel. Navellier observe les animaux jusque dans les zoos étrangers, d'où une variété de sujets: bison, buffle de Kérabau, kangourou, rhinocéros indien, zébu... Dans sa maison-atelier de Montparnasse puis, après la guerre, dans l'ancien couvent des Cordeliers, rue Royer-Collard, il entretient une ménagerie d'animaux européens. D'abord réaliste, dans la continuité de Barye, son style évolue vers une schématisation des formes, grâce à une technique fondée sur le découpage des plans au couteau et le maintien d'arêtes vives, au point que les indications de pelage ou de plumage finissent par disparaître. Le Chat n° 4 couché, pattes avant cachées (1926) est très caractéristique de ce style fait d'«architecture simplificatrice» et de «vigoureuse densité des volumes» (René Jullian), auquel le cubisme n'est pas étranger. Navellier représente les bêtes dans des attitudes caractéristiques et souvent en mouvement: Taureau entravé (1905-1911), Âne brayant (1906), Rhinocéros fonçant (1918), Jeune lionne à la boule (1919). Il attache tant d'importance à la surface qu'il cisèle et patine lui-même ses bronzes.
Passionné d'études comportementales, il propose des scènes qui provoquent l'empathie : son « Vieux serviteur», cheval de fiacre (1910) montre un cheval amaigri par le labeur, relié par une corde à un lourd pavé, qui cherche désespérément un peu d'herbe à brouter...
De 1904 à 1940, Navellier enseigne ces principes à la Ville de Paris, où il forme notamment Charles Artus (1897-1978). Comme ce dernier, il est membre de la Société des artistes animaliers fondée par Gardet. Pendant la guerre, il doit se retirer à Laroche-Migennes où il meurt en 1944. L'année suivante, une rétrospective lui est consacrée au Salon d'automne, dont il était membre fondateur.
Quoique ses œuvres aient été révélées en 1976 dans le cadre de l'exposition consacrée par le Muséum à «L'Animal de Lascaux à Picasso », elles demeurent trop souvent confidentielles : peu éditées, elles restent confinées dans les réserves des musées.
Le Zoo d'Orsay, 2008
